Lundi 30 janvier 2012
1
30
/01
/Jan
/2012
11:12
En l’An II de la République (1793) la commune de Gresse est créée d’une façon assez curieuse : les révolutionnaires considèrent qu’elle
fait alors partie… du canton de Saint Guillaume, dans le département de l’Isère nommé ainsi en analogie au cours d’eau.
Il faut dire que l’époque est pour le moins troublée et que le législateur a fort
à faire quelques mois après Valmy et en pleine tempête guerrière : les Blancs à l’Est, les Chouans à l’Ouest, la révolution joue son avenir. Ce qui peut expliquer quelques erreurs grossières
comme par exemple cette création du département du Var… dans lequel le Var ne coule pas ! La plupart des hommes étant recrutés ou réquisitionnés
pour partir avec les troupes de Kléber ou Westermann les volontaires ne se bousculent pas au portillon pour assurer la fonction de premier magistrat de ces nouvelles communes d’autant que ladite
fonction nécessite des capacités minimales (savoir lire, écrire, compter…) que seuls les nobles et les hommes d’église maîtrisent. Les représentants de la noblesse étant pour la plupart condamnés
à l’échafaud ou en fuite à l’étranger (comme notre Baron Ponnat) une forte pression est exercée sur les curés auxquels on demande dans un premier temps de prêter serment à la Constitution civile
du clergé et dans un second de bien vouloir assurer les fonctions de Maire… souvent de gré ou de force.
Sur Gresse c’est donc un vicaire, Claude Darène, qui devient le premier officier de l’Etat Civil de notre commune fin 1793. Il fait partie de
ces prêtres jureurs auxquels les révolutionnaires ne laissent guère de choix : l’abjuration ou le bagne, pire, la guillotine. Notre Citoyen- curé comme on le nommait alors ne reste que
quelques mois dans ses fonctions remplacé dès l’An III par Guillaume Chion nouvel Officier public de la Municipalité de Gresse. De l’An III à l’An X
se succèdent une cascade d’Officiers municipaux sévèrement encadrés par la Convention et le Directoire… et vivement invités à traquer les contre- révolutionnaires de tout poil.
En fait le premier titre de Maire de Gresse est officiellement porté par Jean Claret en 1801, Barthélémy Reboul faisant fonction
d’adjoint : Napoléon et le Consulat sont passés par là, remettant de l’ordre dans l’administration du pays sous le contrôle des premiers
Préfets.
De 1802 à 1830 notre commune voit passer différents premiers magistrats dont François Martin qui assure la charge 21 ans durant suivi de
Barthélémy Martin maire de 1829 à 1839. La Restauration impose alors la nomination des Maires… par arrêté préfectoral, la démocratie ayant ses limites. N’étant plus élu par les conseillers
municipaux le Second Empire impose même aux Maires un adjoint, toujours nommé par le Préfet, mais choisi en dehors du Conseil municipal : Napoléon le Petit impose sa vision très particulière
de la démocratie… une main de fer dans un gant de fer pour un pouvoir fort et des élus locaux les plus dociles possibles. Après la défaite de Sedan Urbain Martin devient notre premier magistrat
avec un certain Jean Reboul de Berrièves ( !) comme adjoint. Durant toute la troisième République les Garnier succèdent aux Terrier qui
succèdent aux Martin les trois grandes familles ne laissant que quelques miettes aux Reboul, Bernard et autres Prayer. A noter Emile Mouttet élu Maire le 20 mai 1893 homonyme parfait du
fondateur de notre station de ski … 72 ans plus tard !
Elu le 10 juin 1936 Léon Reboul a la lourde charge de gérer notre commune prise dans la tourmente de la guerre lors de l’été 44. A la
Libération c’est Henri Bernard qui lui succède avec Gaston Martin comme adjoint. Arrive alors la très longue séquence d’Emile Mouttet qui assure en binôme avec George Martin 24 ans de gestion
solide et ambitieuse, transformant notre village et projetant Gresse, malgré un fort exode rural, du « passé à l’avenir » avec
l’implantation des premiers téléskis sur le site de la Ville.
Cette extraordinaire mandature d’un « quart de siècle » comme la moquera
un certain Devillard, « parisien » de passage ayant construit un des premiers chalets de Côte Belette, se termine par une séquence dont je garde encore un fort souvenir : Emile
Mouttet, malgré son long mandat, souhaite alors se représenter une dernière fois avec George Martin comme adjoint. Il monte alors une liste comprenant, entre autre, Lili Martin et mon père. La
campagne est dure (comme souvent à Gresse…), orchestrée par ce Devillard qui raille les hommes du passé et du passif lui, le nouveau et le moderne. Le résultat est sans équivoque : la liste Mouttet est balayée et les onze candidats de la liste opposée sont élus dès le premier tour ! Heureusement un gressot reste
aux commandes en la personne de Paul Prayer élu Maire avec Yves Eyraud-Dagany comme premier adjoint. Le lundi les sortants se réunissent au restaurant Mouttet et, le choc et la déception évacués,
décident de fêter leur raclée de belle façon et dans la bonne humeur. Celle- ci est si bonne que mon père Henri, découvrant un nouveau breuvage nommé whisky, prend, en compagnie de ses dix autres
congénères, une cuite mémorable se terminant à l’aube. Toute honte bue il faut alors que maman, après avoir couché le bringueur, aille réquisitionner Rogelou pour traire les onze vaches qui ne
pouvaient plus rien attendre de leur propriétaire…
Un vent de jeunesse souffle alors sur notre scrutin local avec l’élection de Bernard Freydier, jeune instituteur du village qui assure les
fonctions de Maire pendant 18 ans de 1977 à 1995. C’est le temps de la GET, de la SAEM GET, de la construction des Férinel, des Dolomites, de nouvelles remontées mécaniques.
Lui succèdent de 1995 à 2001 Jean- Pierre Garnier puis Guy Freydier de 2001 à 2007 jusqu’à
l’arrivée d’Henri Benoist … l’histoire continuant de s’écrire sous les yeux des gressots avec les prochains rendez- vous des 5 et 12 février prochains…
Derniers Commentaires