Mercredi 29 février 2012
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Honte à moi mon Cousin et que celle-ci rejaillisse sur des générations de Ponnat : j’ai été aveuglé par mes certitudes, trompé par mon
esprit, abusé par la raison….
Dire que j’ai osé brocarder « Le Grand Conseil d’Exploitation et de Surveillance de la Régie des Perches Motorisées » dans ma lettre
de novembre, soupçonnant par là le Bourgmestre d’une invention diabolique à même d’abuser les gressots ! Trois mois après les faits lui donnent pourtant raison : ce Grand Ordre du
Temple et de la Neige a bien fait baisser le mercure et obligé la neige à tomber au grand dame des partisans du parti des fleurs et des petits oiseaux qui prêchent depuis des lustres, vous le
savez bien, une proche fin de notre monde dans de caniculaires et d’atroces souffrances d’où même le mahometan le plus endurci ne pourrait réchapper ! Sorcellerie direz- vous ? Peut-
être tant les faits sont troublants : ainsi ces flocons embuant la sainte voute céleste le jour même de l’ouverture de la Manufacture permettant
aux premiers utilisateurs de planches de bois courbé de s’épancher sur les pistes de la Ville ! Et ce froid d’Epiphanie, cruel pour les canalisations de nos Eaux Propres et Usées mais béni
pour les jeux de glisse ! Et ce soleil, invitant les villégiateurs à nous rendre visite à chaque matin que Dieu fait !!
Nul doute : nous échappons là aux règles élémentaires du hasard et entrons de fait dans le sublime, la bonne fortune face à laquelle je
ne puis que m’incliner, faire amende honorable… et donc accepter les menées sourdes et lazzis de Jean-Pierre de la Grille, Jean- Yves de Geoffroy mais aussi de Jean- Henri Claude de Lestoux,
Olivier Daude et Frédéric de Roux- Buisson sans compter la poudrée du Duc de Routaboul le Directeur de la Manufacture… La saison sera donc d’exception, entrera dans le Grand Livre de la Régie
comme période de référence, validant la procession de l’automne que j’avais tant moquée…
Mais quittons ce sujet pénible.
Et intéressons- nous mon Cousin à cette votation tant attendue pour les quatre sièges vacants du Château qui a rendu son verdict en ce mois de février après, vous vous en souvenez, le soudain départ de Monsieur de la Bâtie du conseil de citoyenneté qu’il avait quitté
talon bas laissant ses délégations à la cassette et sa charge de la Régie des Perches Motorisées aux survivants d’un Château bien mal en point…
Sont donc sortis du chapeau de la première semaine et sans surprise Gilda de la Mandoline et Jean de Mila deux quinquagénaires dans la force
de l’âge et surtout encore d’active contre lesquels le Bourgmestre n’entretenait pas d’acrimonie particulière et n’avait pas commandé à ses gens de barrer le passage. Tel ne fut pas le cas de mon
filliot laminé par ces derniers et contraint à participer à un second chapeau pour lequel il supposait n’afficher aucun attrait laissant même entendre son renoncement à ses plus fervents
soutiens… Moins orgueilleux que son père et dans une grande sagesse il accepta pourtant, suite à de multiples appels au cornet de ses brigands, une participation à une votation supplémentaire au
cours de laquelle il fut désigné en compagnie d’Hortense de Magne responsable de l’Officine pour Villégiateurs, laissant sur le jas le courageux et entreprenant Yves Mekong patron de la Taverne de l’Aupet.
Vous l’aurez compris mon Cousin, c’est donc un conseil de citoyenneté rénové que les gressots ont découvert lors de la première séance du 20
février à laquelle bon nombre d’entre- eux avaient décidé d’assister : l’ordre du jour autorisa dès l’ouverture de la tribune les premières empoignades et coups de mousqueton au sujet des
pistoles supplémentaires que le Bourgmestre entendait s’attribuer ainsi que ses deux adjoints au titre de diligences et berlines plus coûteuses à l’usage. Le filliot fit alors remarquer que trois
véhicules étaient à la disposition des conseillers et que ceux- ci n’avaient donc nul besoin d’être rémunérés surtout en ces périodes budgétaires difficiles Et là mon Cousin se révélèrent
courtisans et opposants, celles et ceux qui suivaient le vent et celui qui entendait s’y soustraire : à dix contre un le conseil de citoyenneté approuva ces nouveaux émoluments laissant le
filliot seul, étourdi … ainsi que les soutiens de Jean de Mila dans la plus profonde perplexité… Le jacobin qui s’était présenté « indépendant » l’était- il tant ? Simple
redingote de papier ou conseiller avisé ? Opposant de circonstance ou vigie éclairée ? Clairon enrhumé ou plume acérée? Le débat fait déjà rage à la Taverne du Chamoispendu mais la
sentence après une tournée de cervoise est déjà rendue pour Gilda de la Mandoline et Hortense de Magne : elles iront là où la bise les porte rejoignant le quarteron des fidèles du
Bourgmestre qui n’en attendait pas moins.
Que Monsieur de Mila pourtant se rassure, il aura bien d’autres occasions de montrer son éventuel panache lorsqu’il faudra se
prononcer sur les feuilles de comptes de l’an de grâce à venir : doublement du prix de l’eau de source, vente supplémentaire d’une chaumière municipale, versement éhontés de pistoles à
l’Officine de Management des Savoies, représentativité humiliante au Conseil de Province, emprunts ubuesques auprès des Maisons de Epargnes et des Prêts… Bref, une politique du Château que les
gressots ne cessent de contester et à laquelle le filliot s’opposera, seul ou avec d’autres beaux esprits… l’avenir mon cher Cousin nous le dira.
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