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Chroniques d'en haut
Le Père Noël et les deux Rois Mages
Ecumant de rage, l'ancien maquignon de Foncouverte griffonne au dos de son paquet de Gitanes un ultime signe cabalistique, feignant de maîtriser une situation qui lui avait depuis trop longtemps échappé.
C'est Karl Maniack qui l'a convaincu de se rendre à cette foutue réunion en mairie de Gresse. Négocier avec les Rois Mages, lui le Père Noël ? Et quoi encore !
Son comptable de La Chambre, le bien nommé Maniaque de la calculette lui a pourtant fait comprendre qu'il n'était plus en position de force dans ce jeu de poker menteur depuis que ses différentes sociétés avaient baissé pavillon...
Exit la Société Anonyme Patrimoniale, vaisseau amiral du projet Dolomites.
Enterrée la Société Civile Immobilière qui possédait les locaux commerciaux du centre de vacances.
Et que dire des autres SARL périphériques et complémentaires... Aucune n'avait résisté aux deux hivers calamiteux de 1990 et 1991 ! Comme dans un jeu de dominos, la chute de la première avait entraîné celles des autres, laissant une vacance inopportune sauf pour les Rois Mages passant par là et attirés par l'appétissante galette que représentait le centre de vacances de plus de mille lits flambants neufs.
Noël Pomdnier et Maniaque avaient en effet conçu un ingénieux système de gestion en levant des fonds auprès de Bank of América, un géant de la finance de l'oncle Sam basé à San Diégo en Californie puis en mettant en place une myriade de sociétés gigognes : à la Patrimoniale le soin de trouver le financement, de monter et finaliser la partie privée du projet Dolomites - la commune de Gresse investissant pour sa part 12 millions de francs dans des infrastructures touristiques estivales et hivernales - . A la SCI la charge de gérer les lots commerciaux des différents immeubles. Aux SARL enfin, la responsabilité du fonctionnement courant du centre via plusieurs sociétés de services.
Maniaque avait pourtant tout prévu jusqu'à la revente rapide sur deux ans des poupées russes moyennant une belle plus-value.
Las ! Les caprices de la météo en avaient voulu autrement et il allait se retrouver aujourd'hui avec le Père Noël pour un énième entretien organisé par le Maire dans la salle du conseil municipal face à Balthazar et Melchior, représentants atypiques d'une certaine Epiphanie financière française...
Plus d'une demi heure de retard. L'exactitude n'est pas la politesse de ces rois là...
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L'Escort cabriolet arrive enfin sur la place Marcel Cuynat,, blanche, capote noire, pot Devil surdimensionné.
Dumont gicle du véhicule et s'empresse d'en faire le tour. Tirant Reichert par la manche, il actionne dans un même geste le système de verrouillage du siège articulé. Goupillon s'extrait enfin de l'arrière de la Ford.
« Etes- vous certain de l'heure Patrick ? Midi à la Lyonnaise de Banque, c'est bien cela n'est- ce pas ? »
En questionnant Reichert, Goupillon connaissait d'avance la ou les réponses possibles en fonction de la surdité sélective de son compère.
« Absolument Claude, le rendez- vous est calé hors ouverture de l'agence avec un certain Brosselard, le directeur. »
Quarante- huit heures plus tôt, le fax confirmant le versement d'un million de francs à la SAEM GET était bien parvenu au syndicat d'initiatives de Gresse. La somme, obtenue à l'issue d'une réunion à Paris avec les responsables de Sécurity Pacific Euro Finances était un don du ciel ou plutôt de l'Amérique puisque créditée par SPEF, filiale de Bank of América.
Dumont est le premier à pousser la lourde porte du bâtiment communal tassant derrière celle- ci Pomdnier et Maniaque qui, excédés, n'en pouvaient plus d'attendre. Maniaque livide a le masque. Il ouvre la voie au Père Noël qui n'a pas un regard pour les Rois Mages mais fixe Dumont d'une colère retenue.
Dumont est sur ses gardes... et pour cause. Il est marqué à la joue droite, vestige douloureux d'une altercation houleuse avec Monin qui, la veille, avait forcé avec fracas la porte d'entrée de l'accueil des Dolomites afin de pouvoir encaisser son dû.
« Tu vois p'tit, le Gilles il fait pas le voyage pour rien ; alors les huit cent- cinquante francs que tu me dois, tu me les files, là, maintenant et tout de suite ! »
Enivré par la fumée de la papier maïs que Monin lui soufflait à quelques centimètres du visage, Dumont aurait bien voulu obtempérer, tentant maladroitement de faire des pointes avec ses escarpins cirés afin de retrouver la terre ferme... Seule l'arrivée inopinée de Reichert lui avait alors sauvé la mise.
Moyennant le paiement de la somme due ainsi que le don généreux et non imposable de trois bouteilles de coin-coin- du Canard Duchêne -, l'incident était désormais clôt.
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En entrant dans la salle de la mairie, Reichert esquisse un sourire qui en dit long.
Tout se passe en effet comme il l'avait prévu. Il ne souhaitait pas cette ultime réunion avec Pomdnier et Maniaque : tout avait déjà été dit. Ou plutôt rien... ce qui l'arrangeait. D'ailleurs il n'avait rien à dire sur lui, excepté quelques confidences sur une mère chérie et envahissante pour laquelle il consacrait beaucoup de temps et d'argent.
En arrivant très en retard, il était persuadé d'échapper à cet entretien malvenu tout en répondant positivement à l'invitation du Maire... Presque trop facile.
Mais surtout, intronisé comme mandataire exclusif de SPEF il était désormais incontournable.
Moins facile... Il avait en effet fallu manœuvrer ferme aux yeux des élus de Gresse jusqu'à s'afficher dans une grande brasserie parisienne en compagnie de Solars, homme d'affaire atypique spécialisé dans le blanchiment du linge, les talons minute et la reproduction des clés. Cet ultime adoubement avait contribué à effacer les derniers soupçons pesant sur lui.
Du moins l'espérait- il.
« Vous êtes ridicule René, inutile de fermer les portes de votre cab ; vu l'état, personne ne voudra vous le voler... à part peut- être le boulanger si vous êtes encore en délicatesse avec lui le mois prochain ! »
Eclats de rire généralisés dans la salle du conseil municipal sauf pour Dumont qui l'a mauvaise et Reichert qui lui murmure hilare un « ... pas entendu, qu'est- ce que vous dites ? » en poussant le pavillon de son oreille droite sévèrement handicapée vingt ans auparavant dans l'explosion de la chaudière familiale soit disant en mauvais état et mal entretenue.
Retour au calme et installation au tour de la table de la salle des mariages.
« Je vous rappelle que notre commune a créé cette SARL uniquement dans le but de pérenniser le fonctionnement du centre de vacances. Dès que nous le pourrons, nous confierons la gestion des Dolomites à la personne morale que nous aura désigné Banque of América qui n'a pas vocation à travailler sur ce registre. Pour l'heure et pour préparer au mieux cet hiver 1991/1992, une aide urgente en trésorerie nous est indispensable.
- Pardon ?
- Je dis, monsieur Reichert, qu'une aide en trésorerie est absolument nécessaire ne serait- ce que pour pouvoir lancer la saison.
- Ah ! Un million de francs nous attendent à Grenoble monsieur le Maire et c'est pour cela que nous sommes là, Goupillon et moi. »
« Quand vous dites « nous » monsieur Reichert, c'est bien le problème... Le million en question est destiné à alimenter la SARL évoquée par le Maire. Société dont je serai, à ma connaissance, le gérant et donc le seul responsable. »
Un billet de cinq cents francs plane au- dessus des têtes dans l'ambiance plombée par Pagès, le directeur des remontées mécaniques de Gresse.
Originaire de Marvejols, méfiant comme un chat, il n'a aucune confiance dans Balthazar et encore moins dans Melchior. D'ailleurs, depuis le voyage à Paris, il a activé ses connaissances pour tenter d'en savoir un peu plus sur les Rois Mages en sollicitant son propre beau- frère, gradé dans la gendarmerie, auquel il a demandé d'effectuer quelques recherches discrètes sur Reichert et Goupillon, Dumont ne jouant à l'évidence qu'un rôle subalterne.
« Vous étiez au siège de SPEF avec nous mon cher Pagès et les choses sont désormais on ne peut plus claires : les responsables de la banque vous ont bien confirmé de vive voix et ensuite par courrier au Maire que j'étais leur dévoué pour prendre la suite des activités des sociétés de Pomdnier qui ont déposé et ont été liquidées. »
Pagès, l'œil sombre, acquiesce tout en interrogeant le Maire :
« Il nous faut, dans tous les cas, nous mettre d'accord avant d'aller à la Lyonnaise... »
Goupillon lui coupe sèchement la parole de sa voix claire et monocorde :
« Vous avez raison monsieur Pagès. Distribution des rôles : le Maire représente naturellement la commune de Gresse. Vous-même, les remontées mécaniques. Monsieur Reichert, Banque of América et Sécurity Pacific Euro Finances. Enfin, monsieur Dumont et moi- même la future Société Nouvelle des Dolomites Françaises. Mais si vous le permettez, nous demandons à monsieur le Maire l'autorisation de nous retirer quelques instants.»
Les Rois Mages et Dumont se lèvent, prennent congé et se retrouvent dans la salle de la photocopieuse de la mairie pour l'un de leurs classiques conciliabules. La méthode est éculée mais psychologiquement efficace... L'art de cultiver le mystère, savoir se faire une fois de plus attendre... apparaître par là même indispensable.
Opportuniste, Pagès en profite pour se faufiler dans le bureau du Maire afin de passer un dernier coup de fil à son brigadier- chef de frère.
Quelques minutes plus tard et dans un mouvement de portes identique, Reichert, Goupillon et Dumont entrent dans la salle de réunion tandis que Pagès entrouvre la porte du bureau.
Balthazar tonne :
« René, mets en route le cab, on est partis ! »
Pagès, le visage blême s'approche des élus communaux en chuchotant :
« Je sens de plus en plus mal cette affaire. »
« Pourquoi donc ? » rétorque le Maire.
« Je n'ai toujours rien sur Goupillon mais j'ai maintenant confirmation de mes craintes : Patrick Reichert n'existe pas ! »
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L'Escort cabriolet fait trois fois le tour de l'immeuble de la Lyonnaise avant de s'immobiliser sur une place de parking réservée.
Sur le perron de l'établissement, les élus de Gresse, arrivés depuis un bon quart d'heure, patientent avec nervosité.
La lourde carcasse de Reichert apparaît enfin à l'angle du boulevard Agutte Sembat et de la place Victor Hugo.
Reichert est un mélange de Depardieu dans Quai des Orfèvres et de Paul Newman dans l'Arnaque. Très intelligent, fin orateur, manipulateur hors pair, il n'en dégage pas moins un charme certain et une bonhomie contagieuse dont il joue à souhait.
A quelques pas, Goupillon, derrière ses fines lunettes cerclées, a la tenue très anglaise d'un lord toulousain venu se perdre par hasard - ou par intérêt- dans nos contrées iséroises.
Claudiquant sous le poids de deux imposantes mallettes et de la sacoche de Reichert, Dumont tente vainement de recoller au duo.
« Patrick, je n'ai pas de pièces pour le parcmètre ; en plus c'est un emplacement pour handicapé !
- Quel con ce Dumont ! Et moi je ne suis pas handicapé ? Vous voyez Claude, on ne joue pas dans la même division : il nous parle pièces jaunes alors qu'on va toucher une brique ! »
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Dans le hall de la Lyonnaise, Jean- Marie Pagès mâche mécaniquement l'embout plastiqué de son Tom Tip tandis que Dumont est parti à la recherche d'un commerce de proximité afin d'obtenir de la monnaie en échange d'un Delacroix.
Reichert n'existe pas... La belle affaire, il est pourtant là et bien là.
A moins que ce ne soit qu'un prête-nom. Mais dans ce cas, comment cet as de pique a-t-il pu convaincre les banquiers américains au point d'être leur seul représentant autorisé dans cette affaire ?
Et puis Reichert conduit, donc il a des papiers, donc il existe...
Mais s'il existe, pourquoi n'a-t-il pas pris la responsabilité de la gérance des ex- sociétés du Père Noël au lieu de les confier à Dumont même pas titulaire dans un club de Nationale ?
« Casul, Jérôme Casul, fondé de pouvoir à la Lyonnaise.
- Jean- Marie Pagès, directeur des remontées mécaniques de Gresse... Mes collègues ne devraient plus tarder.
- Enchanté monsieur Pagès, n'hésitez pas à vous asseoir. Je monte prévenir monsieur Brosselard de votre arrivée. »
Pagès s'effondre dans un pouf trop bas, rejoint quelques instants plus tard par le Maire.
« Je vous vois soucieux Jean- Marie, pourtant on ne peut rêver mieux : SPEF verse aujourd'hui le million de francs tant attendu sur le compte de la SARL dont vous êtes le gérant ; cela nous permettra déjà de calmer les fournisseurs et ensuite de rassurer les tours- opérators des Dolomites. La saison se présente donc bien !
- Attention que le rêve ne se transforme pas en cauchemar monsieur le Maire... Si les choses se passent telles que vous les décrivez, pouvez- vous me dire où se trouve l'intérêt de nos deux lascards qui... »
Le coulissement du triptyque en verre dépoli interrompt Pagès. Un grand gingandet aux cheveux rares et grisonnants s'avance main tendue.
« Claude Brosselard, directeur de la Lyonnaise ; ravi de vous recevoir. Monsieur Reichert n'est pas avec vous ? »
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Balthazar s'agite dans la cabine téléphonique, tenant la porte entrouverte du pied gauche. Dumont, les mains chargées de pièces de dix francs approvisionne l'automate à une vitesse vertigineuse : la communication n'est certainement pas pour le Col d'Ornon...
« Patrick, nous vous attendons ! » hurle Melchior, lassé par cet ultime contre- temps.
« J'arrive Claude, un petit problème avec ma mère... Deux minutes et je suis à vous. »
Dix minutes plus tard - Dumont ayant été ruiné pendant les tonalités- Reichert pénètre dans la Lyonnaise : ambiance feutrée, dorures kitch, velours rouges et ocres. Il rejoint à grandes enjambées la délégation qui est déjà engagée dans l'escalier marbré en colimaçon.
La montée des marches rythmée par les halètements de Balthazar, n'est pas celle de Cannes...
Des portraits en noir et blanc des membres fondateurs de la maison ainsi que d'autres - en couleur- des directeurs qui se sont succédés ornent le dessus de la rampe.
Brosselard, sans doute fraîchement nommé, n'apparaît pas.
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Le retour sur Sagnebâtie a été mené à train d'enfer. Il tarde à Pomdnier de retrouver Maniaque pour lui parler du pays, en particulier de cette réunion en Mairie au cours de laquelle ils ont été proprement ridiculisés par Reichert, Goupillon et Dumont.
Au sortir de Saint- Paul les Monestier le chemin serpente entre haies et champs, descendant lentement en direction de la ferme familiale. La R 25 tressaute entre les nids de poule, comme les idées du Père Noël qui s'entrechoquent dans sa tête.
Décidément, il a perdu la main.
La colère étant mauvaise conseillère, il en est même venu, sortant de la Mairie, à malmener Francis Franiate, le responsable des festivités des Dolomites qui discutait sur la place Marcel Cuynat avec quelques uns de ses animateurs dont Mémé, extraordinaire personnage qui pouvait, en quelques secondes changer d'expression et de visage de façon sidérante.
« - Saltimbanque, incapable, rigolo de cirque !
- Mais monsieur Pomdnier, reprenez- vous, je ne comprends pas...
- Tu diras à Bernaud que jamais il ne sera payé. Vos animations sont de la soupe. Qu'il retourne faire le guignol à Valréas !
- Dites- le lui vous- même, je ne suis que l'employé... ».
Manches de chemise arrachées et tombantes sur les poignets, Franiate évite de justesse la manœuvre de la Renault qui démarre en trombe dans un nuage de fumée noirâtre.
Mémé, le menton en galoche et les yeux comme un mérou accompagne le départ du Père Noël d'un cocktail de noms d'oiseau dont il a le secret.
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Maniaque, assis à la table demi- lune en fer forgé touille son café avec application.
Le bon air de Sagnebâtie lui manquait.
Pomdnier ne devrait plus tarder. Il devine sa colère et l'état dans lequel il va sortir de sa voiture après avoir fait crisser les pneus et voler un bon mètre cube de Poliénas contre les murs pleine pierre de la ferme...
Cela ne l'inquiète guère.
D'abord une certaine habitude des situations tendues.
Ensuite une excellente nouvelle lui est parvenue de l'étude de Maître Guillot, le liquidateur judiciaire de la Patrimoniale. Les meubles des appartements du centre de vacances seront soumis à adjudication par un commissaire priseur dans la quinzaine, la vente se déroulant dans la salle polyvalente des Dolomites selon le principe de la bougie...
Qui pourrait- être intéressé par un lot de 450 tables, autant de fours micro ondes, des centaines de chaises, lits, canapés et autres pendants ? A condition d'y mettre le prix, l'acquisition des meubles des Dolomites par le Père Noël signifierait son retour en grâce.
Comment en effet proposer à la clientèle des appartements vides de meubles ?
Pas de meubles, pas de clients.
Pas de clients, pas de recettes.
Pas de recettes, exit la SARL des Rois Mages.
Balthazar et Melchior sur le jas.
Les banquiers couillonnés.
Maniaque est génial.
La messe est dite.
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C'est le moment de l'Eucharistie.
Brosselard fait asseoir ses disciples autour de la table ronde, salle Jeantot, au premier étage de la Lyonnaise.
A sa droite, Casul, son fondé de pouvoir, puis suivent le Maire de Gresse, Pagès, Dumont, Reichert, Goupillon, deux élus du conseil municipal, le cercle se refermant sur une secrétaire sans âge.
« Messieurs, je n'irai pas par quatre chemins. Il va sans dire que cette affaire est pour le moins... originale. C'est en effet la première fois qu'une banque étrangère nous sollicite pour un dépôt conséquent sans que nous ne connaissions ni la nature de l'affaire, ni l'objet de la transaction ni même l'identité de nos interlocuteurs !
Aussi, avant d'entrer dans le vif de la discussion, pourrais- je vous demander de décliner votre identité, si possible en la justifiant ? Croyez que cette démarche me coûte... mais elle me parait pour le moins indispensable.
- Nous comprenons tout à fait monsieur le directeur... Pour notre petite station, l'affaire est également d'importance, nos premiers clients arrivant dans à peine huit jours... Je suis donc le Maire de Gresse en Vercors et voici ma carte d'identité.
- Jean- Marie Pagès, directeur des remontées mécaniques de Gresse et gérant de la SARL en cours de constitution. Je crois que je n'ai que mon permis... Ah voilà.
- Je me présente, René Dumont, gérant des Blanchisseries Lyonnaises... de banque. Non bien sûr, je plaisante... Hum. Ma carte d'identité... ».
Les deux Rois Mages laissent échapper des rires couverts.
Brosselard n'apprécie pas.
Le Maire et Pagès fixent leur sous- main un brin gênés.
« Merci... Continuons donc ce petit tour de table... Monsieur ?
- Pardon, je n'ai pas entendu...
- Vous êtes monsieur... ?
- Reichert, Patrick Reichert. Je représente Banque of América et la Sécurity. Je suis, dirons- nous, le repreneur du centre de vacances des Dolomites.
- Très bien, très bien... Jeanne Silaos de la SPEF m'a contacté récemment pour m'informer de votre présence aujourd'hui. Je crois d'ailleurs que c'est elle qui vous avait accueilli à Paris il y a une quinzaine non ?
- Absolument, c'est avec elle que nous avons mis au point le rendez- vous de cette matinée » acquiesce le Maire.
« Claude Goupillon. Je m'occupe de plusieurs sociétés sur Toulouse et...
- Vous voudrez bien m'excuser, je vous coupe mais finissons avec monsieur Reichert... Vous auriez un justificatif de votre identité s'il vous plait ?
- Pardon, je n'ai pas entendu...
- Une pièce, un permis, un passeport... ?
- Ah ! Non rien sur moi, désolé ».
Le chèque de un million plane à son tour, hésitant entre les lustres de la salle Jeantot.
« Rassurez- moi cher monsieur, vous êtes bien en possession d'au moins...
- L'incendie, monsieur Brosselard, ce foutu incendie de Cusset, à l'automne dernier... au cours duquel j'ai perdu veste et papiers. Vous connaissez notre administration française, les démarches, les délais... Rien à voir avec les Etats-Unis. Là- bas, vous obtenez une ouverture de compte en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, une carte de paiement en une heure, même le permis de conduire, on le rate le matin, on le repasse l'après- midi...
- Mais de quel incendie parlez- vous ?
- De celui de la maison de ma pauvre mère. Elle vit dans l'Allier, à côté de Vichy, elles est très dépendante et je suis pour elle d'un soutien aussi indispensable que permanent, songez que...
- Je comprends et je compatis cher monsieur mais vous me mettez dans une situation fort embarrassante. Un million de francs de n'est pas rien et je suis responsable de...
- Vous n'auriez pas un café ?
- Un café ?
- Oui, un café... Nous n'avons rien pris depuis notre départ de Gresse et avons déjà beaucoup travaillé ce matin ».
Brosselard, interloqué, cherche l'air qui lui manque.
Le Maire, les mains jointes, semble absent.
Pagès, les bras croisés, fixe Reichert d'un œil de procureur.
Dumont débat à voix basse avec Goupillon au sujet de sa nouvelle calculette qui non seulement affiche l'annuité en fonction du taux d'intérêt et de la somme empruntée mais convertit le capital restant dû...
« Casul !
- Oui monsieur le directeur ?
- Voudriez- vous aller chercher un café pour monsieur Reichert ?
- Bien sûr. »
Le fondé de pouvoir se lève d'un bond et se précipite vers le distributeur installé près de la porte d'entrée en fouillant dans ses poches à la recherche de menue monnaie. Raide comme un passe- lacet, il revient vers Brosselard pour lui murmurer à l'oreille :
« Je suis désolé mais je n'ai rien sur moi... Vous pourriez... ? »
Le directeur de la Lyonnaise retourne sa veste dormant au dos de sa chaise, en sort de la poche intérieure un portefeuille Lancel marron clair et en extrait une pièce de cinq francs qu'il confie à Casul.
« Je suis gêné monsieur le directeur...
- De rien, de rien monsieur Reichert. Il ne sera pas dit que vous avez été mal accueilli chez nous...
- Je n'en attendais pas moins d'une banque comme la vôtre ; d'ailleurs, à Cusset, chez ma pauvre mère, la Lyonnaise est présente, j'ai déjà travaillé avec l'un de vos collègues, un Lambert je crois. Monsieur Casul, sans sucre le café... »
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La dernière goutte avalée dans un silence de cathédrale, Balthazar pose sa tasse au centre de la table et le visage empourpré rassemble stylo, bloc Rodhia et chemises cartonnées, enfourne le tout dans son porte- document, se lève de même que Goupillon, Dumont les imitant comme un culbuto avec un temps de retard.
« Comme vous le concédiez monsieur Brosselard, vos méthodes vous coûtent mais elles sont surtout insupportables pour vos invités !
Vous faites preuve d'une méfiance tout à fait singulière envers des interlocuteurs qui sont porteurs d'un chèque d'un million de francs.
Une telle somme ne vous intéresse pas ?
Fort bien, ce ne sont pas les banques qui manquent à Grenoble. Vous me permettrez d'informer madame Silaos de vos agissements.
Qu'en pensez- vous Goupillon, la Société Générale à Victor Hugo ou le Crédit Mutuel sur les quais ?
- Faisons simple Patrick, traversons la place. Monsieur le directeur, monsieur le Maire, messieurs, madame...
- Messieurs, messieurs...il s'agit à l'évidence d'un malentendu ! Je vous en prie, reprenez place. Monsieur Reichert, je vous prie d'accepter mes excuses et celles de la maison, mais vous concèderez au moins que...
- Pardon, je n'ai pas entendu...
- Je dis, monsieur Reichert...que nous en restons là et vous invite à vous rasseoir. Je vous demande également de ne pas mettre un terme à cette réunion à cause d'un léger malentendu, nous sommes entre gens responsables n'est- ce pas... ? Je ne reconnais donc dans cette affaire qu'un seul interlocuteur légal, en l'occurrence monsieur Pagès, gérant désigné de la SARL ; c'est donc lui et lui seul qui aura la signature du compte qui sera ouvert dans les meilleurs délais. Messieurs, ravi de vous compter parmi nos nouveaux clients à partir de ce jour. »
Balthazar hésite un instant.
Il adore les montées d'adrénaline que lui procurent ces joutes oratoires, surtout quand il en sort vainqueur...
Bien sûr, Brosselard est un perdreau de l'année par rapport au Père Noël mais il faut toujours apprécier ces moments délicieux à leur juste valeur...
L'instant est une éternité pour le Maire et Casul qui a transformé son crayon en copeaux.
Pagès observe la scène d'un regard gourmand et malicieux, épaté par le tour de passe- passe de Balthazar...
Reichert plie sa lourde carcasse, se laisse tomber sur le velours du siège qui laisse échapper un crissement plaintif, Melchior le suit laissant Dumont seul debout.
« Je reprendrais bien un petit café monsieur Casul ».
Jeu, set et match.
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GRESSE EN VERCORS, LE 22 FEVRIER 1992 A 10H00, SALLE POLYVALENTE DES DOLOMITES, VENTE D'UN LOT DE 450 TABLES ET CANAPES, 1800 CHAISES ET LITS DOUBLES OU SUPPERPOSES, DIVERS MATERIELS DE CUISINE, MISE A PRIX 500 000 FRANCS, LIQUIDATION JUDICIAIRE Me GUILLOT, VENTE SANS BAISSE, A DEFAUT D'ADJUDICATAIRE REPORT DE LA VENTE A UNE DATE ULTERIEURE, GEORGES PLACHE, COMMISSAIRE PRISEUR JUDICIAIRE, SOCIETES DE VENTES VOLONTAIRES, 10 RUE DES BEAUX TAILLEURS 38 GRENOBLE.
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L'affiche orange placardée dans tous les villages du sud Isère fait jaser.
C'est donc le début de la fin pour les Dolomites. Pauvres gressots ! Quarante ans qu'ils ont les yeux plus gros que le ventre. Ils seront nombreux pour la curée, toute la jet set du Trièves, les mêmes qui trois ans auparavant se pressaient devant la porte de l'Aventure, boîte branchée du village vacances pour vider les bouteilles de coin- coin de Quajon et se tortiller sur la musique disco de Luigi.
Tout en surveillant ses élèves jouant dans la cour qui surplombe le Faubourg, le Maire de Gresse scrute la route menant aux Dolomites.
Depuis le début des vacances scolaires des parisiens il n'a qu'un souci : prévenir un coup de Jarnac du Père Noël qui pourrait être tenté de déménager une bonne partie des meubles des appartements encore inoccupés du centre de vacances. Pour contrer l'éventuelle manœuvre, il a même mis ses employés municipaux sur le coup ; en cas d'alerte, ceux- ci disposeront l'Unimog et le tractopelle de la commune en travers de la route !
Pagès pousse le portail, slalome entre les enfants pour rejoindre son appartement de fonction situé au premier étage du bâtiment communal.
« Rien de nouveau monsieur le Maire ?
- Tout est calme sur le front...
- Serez- vous présent pour la vente de demain ?
- Non, j'ai d'autres engagements mais si vous pouviez... ?
- Pas de problème, j'y serai. Je me demandais même, vu les recettes en caisse, si la SARL ne pourrait pas se porter acquéreur du lot mis en vente ?
- Difficile Jean- Marie, difficile... SPEF ne nous a pas donné un million de francs pour engraisser les créanciers privilégiés de Pomdnier. Il faut espérer que la mise à prix décourage les clients potentiels auquel cas les meubles resteront en place et nous pourrons boucler tranquillement cette saison d'hiver. Du nouveau sur Reichert et Goupillon ?
- Non rien... Ah si, une Rolls- Roye Camargue immatriculées 06 est garée depuis plusieurs jours devant la Grolle. Deux hommes et trois femmes.
- Quel genre ?
- Genre Tontons Flingueurs pour ces messieurs et Madame Mado pour ces dames... »
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Quelques dizaines de chaises sont disposées devant la scène surélevée de la salle polyvalente.
Maître Plache, un vieux de la vieille des ventes aux enchères grenobloises a installé sa table face au public, vérifiant que rien ne manquait pour l'adjudication : avis de liquidation, marteau, billot, bougie.
« Mesdames, messieurs, un peu de silence je vous prie. Nous allons donc procéder à la vente du lot dont publicité a été faite. La vente se fait à la bougie et le lot est indissociable. Le paiement est possible en liquide ou par chèque de banque certifié à l'ordre de mon étude. La mise à prix est de cinq cent mille francs et aucune baisse n'est possible. Les enchères se font par tranche de mille francs minimum. Attention, au troisième coup de marteau et faute d'enchère supérieure, j'aaadjuuuje !! »
Au premier rang, le Père Noël et Maniaque toisent le commissaire priseur. L'heure de la revanche a sonné. Ils sont en difficulté certes mais ont encore les reins solides et sont prêts à monter les enchères à un tel niveau que les autres ploucs en seront asphyxiés.
Autour d'eux, des notables locaux, notaire, entrepreneurs, marchands de bien. Derrière, des curieux et quelques journalistes qui échangent avec Pagès.
Au fond de la salle, Reichert et Goupillon sont adossés contre la porte battante, Dumont est assis à une table basse devant un téléphone relié par une rallonge au bureau d'accueil des Dolomites. L'accesseur de Plache sort son Zipo et s'y reprend à plusieurs fois pour allumer la bougie. Murmures et ricanements dans la salle.
« Nous commençons donc cette vente à cinq cent mille francs... Cinq cent mille francs, cinq cent mille francs, qui dit mieux ?
- Cinq cent un mille devant moi. »
Le commissaire priseur désigne de son marteau d'ivoire Maniaque qui note son enchère sur un petit carnet posé sur ses genoux.
« Cinq cent un mille une fois, cinq cent un mille deux fois... Cinq cent un mille trois... »
Balthazar lève le bras, main ouverte.
« Oui, monsieur, cinq mille de plus au fond de la salle qui font cinq cent six mille. Cinq cent six mille, cinq cent six mille, qui dit mieux ? »
Pomdnier croit avoir mal entendu. Encore ce Reichert ! Ne pourra- t- il jamais en être débarrassé ? De toute façon, lui aussi a pris ses renseignements. Aucun K bis à son nom, aucune affaire en gérance, aucune direction d'entreprise... Ce mec là est un fantôme, une ombre, un leurre, un insolvable. Il bluffe, c'est sûr, il bluffe. Il veut l'emmerder jusqu'au bout, lui faire perdre quelques milliers de francs... La belle affaire. La revanche n'en sera que plus cinglante !
Coup de coude. Maniaque lève mécaniquement le doigt comme un élève trop sage.
« Cinq cent sept mille pour monsieur au premier rang. Allons allons, cinq cent sept mille francs, qui dit mieux ? »
La cire de la bougie à moitié consumée déborde de la sous tasse.
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« Vous avez carte blanche jusqu'à un million, SPEF tient absolument à pérenniser le fonctionnement du centre de vacances de Gresse en Vercors au moins pendant quelques saisons, ordre de San Diégo. »
Dumont note sur un post'it les consignes laissées au téléphone par Jeanne Cilaos et tend le rectangle jaune à Reichert tout en maintenant le combiné collé à son oreille de l'autre main.
Les yeux bleus de Balthazar virent au sépia.
Jusqu'à maintenant il n'avait pas les coudées franches dans cette vente, obligé de jouer les razeteurs en surenchérissant de façon modeste face au Père Noël qui, sur de lui, venait de proposer sept cent mille francs à Plache.
Avec ce blanc seing la corrida va changer d'âme.
Goupillon lève les bras les deux mains ouvertes en direction du commissaire priseur.
« Sept cent dix mille francs près de la porte d'entrée, bravo monsieur, félicitations ! Sept cent dix mille, sept cent dix mille, qui dit mieux ? »
La flamme de la bougie vacille.
Pomdnier et Maniaque aussi.
« Sept cent dix mille une fois... Sept cent dix mille deux fois... Sept cent dix mille... »
Le Père Noël souffle, sue, joue son va-tout en engageant cinq mille de mieux, les derniers. Il l'avait convenu avec son comptable, aller au- delà était impossible sauf à mettre en danger l'ensemble de ses portefeuilles et de son patrimoine.
Une épaisse fumée bleue s'étire de la soucoupe dans laquelle la bougie a pratiquement disparu.
« Sept cent quinze mille devant moi ! » s'égosille Plache qui n'aurait jamais cru que sa vente atteigne de tels sommets.
Balthazar lève à nouveau les deux bras, paumes grandes ouvertes à la manière d'un coureur de fond passant la ligne d'arrivée au moment même où la bougie s'éteint. L'accesseur en pince la mèche encore rougeoyante.
Plache lève le marteau d'ivoire qui claque sur le billot.
« Sept cent vingt- cinq mille francs à ce monsieur là- bas... Sept cent vingt- cinq mille francs, je déclare la vente terminée et j'aaadjuuuje !! »
La salle applaudit en se retournant en direction des Rois Mages tandis que Pomdnier et Maniaque s'éclipsent discrètement par la porte dérobée qui donne sur la terrasse.
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« La vente s'est conclue à sept cent vingt- cinq.
- Parfait, veuillez féliciter monsieur Reichert, le chèque sera posté lundi. D'ici- là ma secrétaire se mettra en rapport avec l'étude de maître Plache.
- Très bien madame Silaos, je transmets. »
Dumont raccroche le combiné et cherche d'un regard circulaire les Rois Mages qui se sont subitement évaporés.
La salle s'est vidée d'un coup, laissant Plache sur la scène en tête à tête avec Pagès.
Dumont traverse le hall du bâtiment C en rembobinant consciencieusement le fil du téléphone, se dirige vers le bureau d'accueil et entrouvre la porte au même moment où le bouchon d'une bouteille de coin- coin lui percute le front et le projette en arrière, la tête dans les rideaux.
« C'est la fête René ! Tu as une demi- heure pour briquer ton cab, on va faire la pampille en ville, tu ouvriras la route pour la Rolls ! »
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Mars 1992.
La saison d'hiver s'étire encore pour quelques jours.
Le centre de vacances n'a pas désempli, les recettes de remontées mécaniques sont revigorées, la SARL de gestion a parfaitement joué son rôle d'interface, pari gagné.
Dumont a la gérance la société de nettoyage des Dolomites ainsi que la responsabilité du fonctionnement de la salle de jeu. Ses relations avec le boulanger se sont nettement améliorées.
Les joueurs du FCG ont pris pour la seconde année leurs quartiers au Chauplane, courant à travers monts, pédalant à travers vaux, éclusant chaque soir une dizaine de fûts de Ducasse, la bière qui casse comme disait le Gamin...
Reichert roule sur Valence, conduisant le cab méchamment accidenté au retour de la pampille du 22 février. Goupillon travaille sur le siège passager, tentant de dessiner un tableau à double entrée sur une pile de documents en équilibre instable sur ses genoux.
Pour une fois il a demandé à Balthazar de prendre le volant afin de préparer au mieux ce rendez- vous délicat avec des financiers de Blagnac.
« Merde Claude, les flics ! »
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Reichert n'ose pas demander aux deux CRS s'ils peuvent lui servir un café ou une coupe de coin- coin et la bonne étoile des Rois Mages disparaît d'un coup dans un ciel couleur barreaux.
Défaut de permis de conduire, contrôle d'identité, enquête rapide, Balthazar est incarcéré le soir même à la prison de Valence.
Goupillon fait l'objet d'investigations identiques mais est laissé en liberté sous contrôle judiciaire.
Rattrapés par « des affaires » dans les Alpes Maritimes ils cumuleront quelques années de détention laissant Dumont, orphelin, rejoindre son Lyon natal.
Balthazar appellera plusieurs fois en Mairie ou au centre de vacances pour non seulement prendre des nouvelles et donner des siennes mais également conseiller ses successeurs sur des projets ou investissements nouveaux, magasin de surgelés, piscine couverte, patinoire canadienne, salle de fitness, sauna, hammam... dont il pourrait s'occuper dès sa levée d'écrou...
« Allo, Patrick Reichert à l'appareil.
- Pardon, nous n'avons pas entendu... »
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