Les lettres du Baron Ponnat

Lettre de juillet 2011

 

Et soudain ce fut, mon cousin, une rumeur grandissante qui  traversa le village de Gresse à la vitesse de la foudre que ce brave Monsieur de Faraday s’amuse parfois à provoquer en temps d’orage, muni dans sa  cage suspendue au Pas du Bru, de sa simple redingote et d’un parapluie pointu griffé d’armoiries du Château des Deux, espérant par là prouver aux crédules et aux sans Foi  l’impossibilité pour le feu du Ciel de rejoindre un objet ferreux dont les pieds ne toucheraient pas le sol…

Entreprise de grands risques qui n’a de science que le nom et sans aucun doute vouée, comme le nom de son auteur, à disparaître dans les tréfonds de l’anonymat des scrutateurs zélés de notre sainte voute céleste !

Mais revenons mon cousin à la rumeur en question, devenue cette matinée certitude, et qui fait le gras des marchés et  de la gazette locale : après Monsieur de Pierre Pons et Mademoiselle de la Grille il y a quelques mois, c’est au tour de Philippe de l’Ain de faire défaut au Conseil de Citoyenneté du village montrant par là, et à grand fracas, son incompatibilité d’humeur avec le Bourgmestre ! Ils ne sont désormais plus que huit à veiller sur notre contrée et sa bourse, et cela à trois ans de la prochaine conquête du Château.

Dieu que le temps va sembler long pour certains conseillers du peuple… Encore une défection et le Préfet des Allobroges devra mettre en place une nouvelle votation… Mais nous n’en sommes, mon cousin, pas encore là !

 Admettons pour le moins que la collaboration n’avait que trop duré et que le départ  du responsable des Foires d’hiver et d’été de la grande instance était inscrit depuis longtemps sur les agendas, le désaccord avec le premier magistrat se transformant au fil des nuitées en une rivalité comme seule la politique peut en inventer. Déjà le 13 mai dernier, le refus de Philippe de l’Ain (ainsi que d’Alain du Plu) de voter la résolution présentée par Monsieur de la Bâtie à propos de l’augmentation des tarifs de la Régie des Perches Motorisées n’avait fait qu’aviver les plaies : augmenter une seconde année consécutive de trois centièmes les prix des manèges allait sous le sens et  tendait à considérer les utilisateurs des planches de bois courbées comme des vaches à lait … Au courroux du Bourgmestre, Philippe de l’Ain afficha alors une fermeté qu’on ne lui connaissait pas aidé en cela par l’abstention bienvenue de Louise Bouvreuil. Mais il semble que ce soit le projet de confier l’animation de la Régie des Perches Motorisées à un quarteron indépendant pour ce 17 décembre qui ait convaincu le conseiller cantonal de laisser là l’équipage en place… même s’il se dit aussi dans les chaumières que les difficultés financières que connait actuellement la Province ne seraient pas étrangères à ce revirement !

A ce propos,je termine mon cousin avec la visite surprise ce matin, à mon logis, du responsable des Eaux Propres et Usées de notre Province venu relever mon cadran aquatique pour mieux dicter mon dû à la Trésorière du Royaume : Diable remarquai- je, la perception est- elle en avance en ce mois de juillet ? Que nenni me répondit- on à la taverne du Chamoispendu, c’est que la cassette de la Province se vide comme une cruche sans fond : plus vite les pistoles seront perçus, plus sûrement les employés du Château seront payés !

 

Lettre d'août 2011

Comment y échapper mon cousin ?

Comment faire pour ne pas voir ces fronts plissés, ces yeux éteints, ces visages couverts d’un étrange glacis de gressots errant et déambulant tête basse ce lundi au marché de la Place de l’Europe sans prêter un regard, ni aux légumineuses locales, ni même aux étals de ces nouveaux produits miracle à la mode naissant sans engrais mais avec crottin, nous évitant toute saignée future et nous promettant santé, bonheur et vitalité pour les dix lustres à venir ? Seuls les Germains, Bataves et autres Helvètes en villégiature dans notre belle Province osent présenter l’allure guillerette et afficher le sourire de circonstance qui sied à cette belle matinée estivale enfin ensoleillée…

C’est qu’ils n’ont pas lu, ne maîtrisant pas notre belle langue de Molière, le résumé du dernier Conseil de Citoyenneté qui s’est tenu ce 18 juillet au Château dans lequel  se cumulent, à propos de notre chère et vieille Régie des Perches Motorisées,  catastrophisme, lamentations et mauvaises nouvelles !

Celle- ci serait, apprend- t- on de la bouche même de Bernard Chapuiso, dans son dernier souffle :

-          On ne peut pas continuer comme cela confie- t- il ; il faut essayer une autre piste sans quoi nous irons vers la fermeture !

Et Josiane de la Source de renchérir :

-          Il faut arrêter cette machine infernale !!

Le Bourgmestre lui- même concluant par un terrible sermon :

-          Les résultats de la Régie des Perches Motorisées sont décevants… Nous n’avons jamais pu atteindre ne serait- ce que le petit équilibre… Sur les quatre dernières années nous avons été contraints de verser un million de pistoles pris sur les impôts des gressots pour soutenir la Manufacture !!!

(Le petit équilibre n’est autre que le fait d’obtenir un compte équilibré en dépenses et en recettes sans prendre en charge les annuités de remboursement ainsi que les amortissements des biens.)

Vous vous rappelez comme moi, mon cousin, des propos rassurants tenus par ce même Bourgmestre aux Etats Généraux du village en juin 2010, décrivant à la population, je cite à travers la plume du gazetier local, des finances allant pour le mieux… Dame, qu’a- t-il donc bien pu survenir en quelques mois, pour passer d’une situation confortable à un état de quasi faillite ? Un réchauffement spontané de la voute céleste ? Une fermeture des frontières de l’Empire ? Une secousse tellurique combinée d’une peste ravageuse ? Bien heureusement rien de tout cela :  un simple hiver doucereux ne permettant pas de remplir la cassette de la Trésorière du Royaume qui devra se contenter de 385 000 pistoles de recettes prises dans les poches des utilisateurs des planches de bois courbées au lieu des 651 000 précédemment perçus en moyenne depuis trois ans.

Vous me direz, mon cousin, vous qui êtes dans les chiffres et  virgules, que moins de recettes devraient commander moins d’activité donc moins de dépenses… C’est là  malheureusement que le bât blesse et que le Conseil de Citoyenneté actuel trouve et admet ses limites : il veut mais il ne peut !

-          Il faut chercher ailleurs des compétences que nous n’avons pas  tonne Monsieur de la Bâtie !

Diable, reconnaître ses limites au bout de trois ans de mandat commande certes le respect mais ne peut qu’étonner les gressots rompus à ces caprices du ciel qui font varier deux fois par lustre l’aiguille du baromètre en même temps que celle des recettes de la Manufacture. Car enfin, et sans remonter aux vieilles lunes, les élus précédents ont eux aussi connu pareille difficulté et ont su les contourner : ainsi, l’hiver 2002, avec 529 000 pistoles de recettes, la Régie des Perches Motorisées a pu réaliser le fameux petit équilibre en affichant un reliquat de plus 103 000 pistoles ! Idem en 2004 où, pour une cassette de 642 000 pistoles, le reliquat était de plus 6 600 ! Petit équilibre encore en 2005, hiver record pendant lequel 780 000 pistoles ont été récoltés pour un solde positif de 136 000 !!!

Ni magie noire ni miracle venu du Ciel dans tout cela : simplement une bonne connaissance de la Régie des Perches Motorisées et… de bonnes personnes aux bons endroits (d’aucun évoqueront le souvenir de Dominique de Saint Sébastien) afin de faire tourner la Manufacture de la meilleures façon ainsi qu’au coût le plus bas. Mais surtout une sagesse et une prudence dans les investissements afin de protéger une trésorerie par définition fluctuante du fait du type d’activité de la Régie des Perches motorisées l’hiver mais aussi de celui des Grands Bains et du cinématographe aux beaux jours. Or, sagesse et prudence ont fait défaut depuis trois ans : en investissant des sommes mirobolantes dans de trop nombreux projets essentiellement soutenus par les acharnés du Parti des Fleurs et des Petits Oiseaux (Course dans les arbres, Officine pour Villégiateurs, Espace Herbes et Vapeur, Sentier aquatique, Eco- Musée, Bassin de l’Herse…) pour un total de... 724 000 sur cette année de grâce, on a rendu les caisses de la Province désespérément  exsangues.

Alors comment faire ?

Eh bien mon cousin, comme au bon vieux temps des années du siècle dernier : à court terme prier la Maison des Epargnes et des Prêts pour qu’elle consente à ouvrir une ligne de trésorerie en faveur du Château pour la modique somme de 150 000 pistoles au taux de 3,80 centièmes. Dans un second, emprunter à nouveau sur quatre lustres 400 000 pistoles ! Et dire qu’il a fallu 22 longues années d’efforts colossaux aux gressots pour sortir le nez des marais abyssaux de leur premier endettement…

Monsieur de Jylm, le gazetier local pouvait alors titrer à la une des Vercories Indépendantes : « Conseil de Citoyenneté : les finan

ces dans le rouge ! »

A l’évidence le Château ne croit plus en sa bonne étoile mon cousin, semble céder au découragement et ne se voit plus capable de remettre les comptes des gressots sur de bons pieds, ne serait- ce que sur un : 410 000 pistoles, c’est le trésor à trouver sur cette seule année pour éponger le déficit et rembourser les banques ! Il va donc (à l’unanimité !) au bout de sa logique en abandonnant la gestion de la Manufacture à une confrérie extérieure à l’éloquence claironnante pour l’hiver prochain, espérant par là retrouver une orthodoxie financière salutaire et bienvenue. Besoin aidant, et si les choses tournent mal, il sera alors aisé d’accuser les mercenaires et leurs courtisans au printemps prochain en pointant leurs inaptitudes présumées…  

Je crains qu’il ne se trompe une fois de plus et qu’après avoir mis nos gîtes en guenille il ne laisse, si elle subsiste encore, notre Régie des Perches Motorisées en un très sale  état à la veille de la prochaine votation : on se perd toujours en effet à vouloir chercher à l’extérieur ce que l’on devrait posséder.

 

Lettre de septembre 2011

 

Si elle fut sans doute pour vous le temps habituel et précieux de vos bains de boue et de vos soins saisonniers  dans les résurgences soufrées de ces merveilleux  établissements d’Uriage, croyez mon cousin qu’en Montagne, et après ces longues pluies de juillet, cette fin d’été ne restera pour beaucoup de gressots qu’une longue attente (à peine interrompue par une Vogue de la Génisse caniculaire et désertée) suite au Conseil de Citoyenneté sis au Château le 18 juillet dernier et par lequel celui- ci entendait, vous vous en souvenez sans doute, confier dès les premiers frimas et à une confrérie extérieure la gestion de notre chère Régie des Perches Motorisée.

L’affaire fit alors grand bruit, les gressots s’interrogeant sur la pérennité de leur Manufacture, les employés de celle- ci craignant à l’avance et fort légitimement sous couvert d’une geste thermiorienne pour l’avenir de leur confrérie, leurs avantages et leurs pistoles… Sachez donc mon cousin qu’à ce jour deux quarterons indépendants ont  proposé leurs services au Château et ont concouru afin d’assurer, je cite l’intitulé du marché, « une assistance opérationnelle pour la gestion, la commercialisation et le management de la Manufacture ».

Vous me pardonnerez mon cousin ces anglicismes insupportables dictés par la Perfide Albion (prononcez « manadjmente) de même que vous me permettrez de m’étonner… car dans cette affaire l’intitulé du marché ne semble correspondre en rien à la délibération du Conseil de Citoyenneté citée précédemment !!

 En effet, le 18 juillet 2010 il a bien été voté et à l’unanimité « la mise en place d’un plan d’externalisation de la gestion de la Régie des perches motorisées »… c'est-à-dire une opération consistant à confier à un opérateur extérieur l’exercice même du service public objet du marché : en clair le Château est en quête de mercenaires sachant compter, hameçonner  les clients et se faire obéir de leurs ouvriers avec ou sans clairon… Bref, tout ce qu’il reconnait ne pas savoir faire. L’intitulé du marché est, quant à lui et vous en conviendrez, à mille lieues en lettre et en esprit de ce qui avait été arrêté en Conseil de Citoyenneté, une assistance opérationnelle ne consistant qu’en une aide à la résolution des problèmes ainsi qu’un accompagnement dans les différents domaines dudit marché !

Mais laissons là  et continuons…

C’est donc au dernier jour de ce mois d’août que le Bourgmestre a réuni ses beaux esprits parmi lesquels on pouvait compter Louise Bouvreuil et Josiane de la Source accompagnées de Messieurs de la Bâtie et du Plu sans oublier l’indispensable Bernard Chapuiso, Jules de Metternich et Cornélie de la Ville étant représentés. Six âmes éclairées donc, mais nullement alertées par leurs contradictions et qui n’ont eu besoin de sortir ni mousquetons ni autres fleurets tant la cause était entendue depuis le choix de la Commission ayant fait salon le 22 août 2011 : c’est donc à l’unanimité (encore !) que le Conseil de Citoyenneté a validé la candidature de l’Officine de Management des Savoies au détriment du Club Touristique de l’Admirable Monsieur de Sylvain et de mon filliot (comme le nomme le sieur Mandrak) de la Compagnie des Foudres et Cables. Je peux vous confier que j’ai assisté mon cousin au courroux de ces derniers dès la sentence rendue : au- delà de leur légitime déception (pensez, leur dossier a reçu un 4 sur 10 comme à l’école le mauvais élève), ils se sentent trompés, trahis, floués par une fausse présentation de l’offre qui ne leur aurait pas permis de concourir équitablement. Il faut en effet entendre que le Club Touristique, contrairement à l’Officine, a candidaté, lui, en vue d’une responsabilité pleine et entière au niveau de la gestion, du fonctionnement et de la direction du personnel de la Manufacture conformément à la délibération du 18 juillet dernier.

Concurrence déloyale ? Qui souffle la vérité ? Qui sème la tromperie ?

Cette affaire pourrait bien, mon cousin, se terminer devant le Tribunal des Administrations de Grenoble ou sur le bureau du Préfet des Allobroges d’autant plus que le Château semble avoir commis l’erreur de trop. Monsieur de Sylvain et mon filliot sont en effet en possession d’une lettre datée du 13 mai 2011 signée par le Bourgmestre dans laquelle celui-ci écrit :

« Après analyse complète par la commission d’appel d’offres, j’ai le regret de vous annoncer que votre candidature n’a pas été retenue pour l’appel d’offres cité en objet. En vous remerciant d’avoir répondu à notre appel d’offres nous vous prions d’agréer, Monsieur, l’expression de nos salut    ations les meilleures ».

Dès lors, comment expliquer que le Club Touristique ait été écarté du concours dès le 13 mai 2011 alors que ni l’Admirable Monsieur de Sylvain et ni mon filliot n’avaient encore fait de proposition ?

Le doute reste, vous en conviendrez mon cousin, le bien pire des poisons… Et puis cette adresse électrique érronée de la Mairie publiée dans le dossier de consultation ? Et ce pseudo audit de la Corporation des Perches Motorisées du Royaume instruit… par 3 pensionnés de cette même Corporation et jamais présenté au Conseil de Citoyenneté ?

A présent dans la place, l’Officine des Savoies ne perd néanmoins pas de temps et propose donc ses services de plume et de conseils à distance au Château par l’intermédiaire des cornets acoustiques et des lucarnes bleues  moyennant la modique somme d’un peu plus de 10 000 pistoles mensuelles tout en précisant qu’elle ne sera pas représentée sur Gresse et donc… qu’elle ne dirigera pas l’exploitation de la Régie des Perches Motorisées. Que fait donc à nouveau notre Bourgmestre ? Je vous le donne en mille mon cousin : il recrute par annonce auprès de la Corporation des Perches Motorisées du Royaume et contre l’avis du Conseil de Citoyenneté du 18 juillet un énième Vidame d’exploitation pour la nouvelle saison d’hiver et ce en contrat à durée infinie, hors de toute orthodoxie financière qu’il nous avait pourtant promise !! Rappelez- vous, le chef des conseillers de tonner dans toutes les gazettes « Des économies ! Des économies ! » Et Monsieur de Jylm d’écrire à la Une des Vercories Indépendantes « Les finances dans le rouge ! Les finances dans le rouge ! »…

D’ ici à ce que le prochain Vidame de la Manufacture soit recruté au sein du personnel de l’Officine des Savoies… il y désormais a un pas que je ne me garde pas de franchir.

 

Lettre d' octobre 2011

 

La belle saison que nous vivons là !

Certes le soleil calme jour après jour son ramage apparaissant lascivement à la Conière pour aller s’éteindre doucement chaque soir sur les contreforts de l’Agnèlerie mais ses doux rayons baignent encore longuement notre belle vallée et les journées dont nous profitons mon Cousin restent pour tout dire plus douces que celles du début d’été ! Juillet en octobre donc au grand dame des louvetiers de Gresse dont les chiens ne peuvent suivre longtemps les effluves des cerfs, chevreuils et phacochères tant le sol est dur et l’herbe fanée… A tel point qu’il s’en fut d’un fifrelin qu’ au milieu de ce mois d’octobre l’époux de Cornélie de la Ville et sa troupe de pointeurs, rabatteurs et chasseurs ne changeassent de Province pour assouvir leur passion tellement leur tableau était vide, leur moral au plus bas, la magagne étant tombée sur leur troupe comme le Diable sur des loqueteux !

Mais là n’est point mon Cousin l’information principale que ce billet voulait vous porter.

Sachez  que notre Bourgmestre a disparu !

Nulle trace en effet du chef du Château dans les gazettes, ondes sonores et autres lucarnes bleues depuis des huitaines… Seuls quelques mots signés de sa plume dans le dernier numéro du bulletin du Conseil de Citoyenneté attestent heureusement de son bon état : sachez ainsi qu’il se félicite dans celui- ci et en quelques bonnes formules de la mise en place définitive du bassin de l’Herse (cette réserve d’eau qui au contact de l’air froid devrait produire de la neige de fortune au grand bonheur des utilisateurs de planches courbées) suite à mille tracas et tourments que lui seul et son équipe ont pu lever au prix de travaux dantesques et des plus subtiles  réflexions.

La nature ayant horreur du vide vous devinez mon cousin que la vacance du Bourgmestre ne fut que de courte durée : ce dernier, las sans doute de s’exposer en ces temps devenus difficiles, est en effet officiellement remplacé depuis le 8 octobre par Monsieur de la Bâtie qui, s’il laisse au chef de l’exécutif ses fonctions régaliennes, devient le grand responsable de la Régie des Perches Motorisées pour la saison à venir. L’intronisation a eu lieu à travers un article paru dans les Vercories Indépendantes aux bons soins de ce brave Monsieur de Jylm dont la sagacité est légendaire. Ainsi le chroniqueur d’interroger :

-          Quelles seront les grandes nouveautés ?

-          Nous avons embauché un Vidame d’Exploitation le Duc Valéry Routaboul aux 37 printemps bien sonnés et aux compétences ne tenant pas dans les volumes de l’Encyclopédie d’Alembert. Et puis bien sûr nous allons maîtriser les dépenses et augmenter les recettes.

-          Concrètement ?

-          L’Officine de Management des Savoies va optimiser la commercialisation des produits de la Manufacture via des contrats avec des… comités d’établissement ( ?? Monsieur de la Bâtie aura voulu parler de comités d’entreprise…).

-          Un souhait pour la prochaine saison ?

-          De la neige, beaucoup de neige !

Avec un tel contenu, convenez que nous ne partons plus dans l’inconnu et que le moindre doute est levé : les gressots sont dans de bonnes mains pour l’hiver à venir avant, je crains, de se retrouver dans de sales draps…

Car enfin mon Cousin il faut que je vous conte par le menu les raisons de ce point de non retour faute de quoi vous n’entendriez plus rien à nos affaires !

Celles- ci débutent donc le 14 juin 2010.

A cette époque Monsieur de Pierre Pons et Mademoiselle de la Grille avaient déjà tiré leur révérence au Château suivis quelques semaines plus tard par Philipe de l’Ain ancien responsable de la Manufacture et des Foires d’hiver et d’été. Ce 14 juin donc le Conseil de Citoyenneté crée un « poste des activités touristiques » qualifié comme indispensable par nos édiles. Le 24 septembre suivant le Bourgmestre propose une délibération visant à accorder « le grade d’ingénieur » au candidat avec embauche dès le 1er octobre compte- tenu de l’urgence de la situation. Las ! Les évènements se précipitent et le Chevalier de Trémeau trépasse en quelques semaines sous les coups d’épée répétés de ses adversaires ainsi que sous le feu de ses propres erreurs… Le 25 mars 2011 le Chevalier est remercié au soir d’une saison catastrophique sur le plan financier. Que faire ? Comment assurer le fonctionnement de cette satanée Manufacture qui se refuse à toute rentabilité ne fusse sous la férule d’un ingénieur ingénieux ? On se fait toujours un système d’après ses défauts et le Bourgmestre (première erreur) entend alors confier à un quarteron indépendant la gestion maudite de cette quinquagénaire qui se refuse obstinément aux soins de nos élus. Quelques représentants du Château tiennent alors couteaux et fourchettes avec d’anciens représentants du Syndicat des Perches Motorisées lors d’une soirée au restaurant du Couvent, illustre maison de bonne chère et de bon accueil du village : il est alors convenu qu’une proposition de l’Officine de Management des Savoies sera faite au Château et que, compte- tenu de la situation, aucune autre Maison ne serait à même de concourir pour une telle mission (seconde erreur).

La suite vous la connaissez mon cousin : un « plan  d’externalisation de la Régie des Perches Motorisées » est voté à la va- vite par le Conseil de Citoyenneté et le 22 août suivant l’Officine de Management des Savoies est choisie au détriment du Club Tourisme de Monsieur de Sylvain dans des conditions si contestables (troisième erreur) que ce dernier en a alerté le Préfet des Allobroges et assigné le Château devant le Tribunal des Administrations de Grenoble réclamant en dédommagement pour sa personne les 66 000 pistoles représentant  la valeur du marché lui ayant à ses dires échappé !

Nous sommes donc bien loin des quelques lignes lénifiantes contées par Monsieur de Jylm dans ses Vercories Indépendantes : en effet, pas question pour l’Officine de Management des Savoies de mettre un pied à Gresse, de prendre les clés de la Manufacture et d’envoyer les perches ! Pour les 66 000 pistoles citées Monsieur de la Bâtie assisté du Duc Routaboul disposeront d’un crédit de 40 journées d’assistance par cornet, lucarnes bleues ou pigeon voyageur dont 6 journées donnant lieu à un déplacement sur notre station moyennant un surcoût de 454 pistoles chacun… Commercialement parlant, 45 journées d’externalisation seront également prévues… par un prestataire sous traitant… non encore identifié… Comprendra qui pourra ! Terminons avec les émoluments de ce nouveau Vidame d’exploitation, faisons de nos plumes le total et constatons mon cousin que nous nous engageons dans une saison à grand risque lestés que nous sommes (je parle de notre Manufacture) de 150 000 pistoles toutes taxes comprises avant d’avoir vendu le moindre ticket et ce sans même intégrer les frais de justice (c’est l’excellent Maître Legulludec qui défendra les intérêts du Château) et les éventuelles condamnations devant le Tribunal des Administrations !!

Heureusement et pour terminer, loin de ces turpitudes, la vie suit son cours dans notre beau pays mon cousin et le Château continue de dépouiller les gressots de leurs maigres biens : ainsi le Conseil de Citoyenneté a validé lors de sa dernière séance la vente des deux dernières chaumières collectives pour respectivement 80 000 et 88 000 pistoles… soit de quoi régler l’Officine des Savoies et la bourse du Vidame d’exploitation si les évènements s’avéraient contraires.

Il faut bien une logique à tout cela.

 

Lettre de novembre 2011

 

Je m’engageai il y a quelques jours avec ma berline sur la vaste plate- forme du Champ de l’Herse afin de contempler le nouveau Grand Bassin de neige de fortune : l’ouvrage est de bonne facture, fort bien réussi et, même si cela m’en coûte, je reconnais tout le mérite de l’équipe du Château d’avoir su mener à terme et dans des délais raisonnables ce  projet vital pour la Manufacture des gressots. Je vous rappelle tout de même mon Cousin et pour mémoire (on oublie très vite ces choses-là) que c’est l’ancien conseil de citoyenneté qui avait déniché au prix de moult efforts et diplomatie les financements nécessaires au projet notamment auprès du Conte de Roscigny, directeur général adjoint des services de l’Assemblée du Dauphiné… 312 000 pistoles ayant été engrangées en aides directes au cours d’une seule mais homérique réunion à l’Hôtel du Dauphiné au cours de laquelle des pièces destinées à l’aménagement du lac de Petichet étaient tombées dans notre besace ! Mon adjoint aux finances de l’époque et moi- même avions d’ailleurs fêté cela dans une auberge de la grande ville à grands renforts de cervoise sans faux cols… Ah, souvenirs, souvenirs…

Un grand bravo donc !

 Mais voilà que tout hourra cessant, et je reviens à ma promenade en berline, je me vis bloqué quelques coudées plus loin avec ma huit chevaux par un cercle de débatteurs barrant toute la chaussée en un forum aussi improvisé qu’inattendu : après réflexion je compris que j’avais à faire à quelques titulaires de la nouvelle usine à gazogène inventée par le Bourgmestre à savoir « Le Grand Conseil d’Exploitation et de Surveillance de la Régie des Perches Motorisées ».

Entourant le Duc de Routaboul, tout nouveau Directeur de la Manufacture je pus reconnaitre Monsieur de James Bont, le nouveau responsable de la Foire des Alpages avec à ses côtés le brave Jean- Pierre Bouvreuil, l’époux de notre conseillère. Reculant de deux pas pour mieux me laisser passer je n’eus aucun mal à cerner l’ineffable Jean- Pierre de la Grille, licencié par les électeurs lors de la dernière votation et pourtant de retour aux affaires… en pleine conversation avec Jean- Yves de Geoffroy, châtelain de la Bâtie et ancien conseiller dans les années de grâce quatre- vingt- dix. Quelques pas plus loin Jean- Henri Claude de Lestoux et Olivier de Daude, l’attaché à l’entretien de la Régie des Perches Motorisées échangeaient semble-t-il de manière vive et passionnée. Seul manquait à l’appel le jeune Frédéric de Roux- Buisson probablement mobilisé par un feu de tremou ou une piqure de frelon dans le cou d’une vacancière en goguette…

Il ne manquait à ce spectacle que roulements de tambour, frappes de pieds et quelques offrandes pour que cette escorte ne se transforma en procession et ne fit immédiatement penser à nos frères des Nouvelles Amériques invoquant les Dieux afin d’obtenir la pluie : tous en effet regardaient le Ciel à intervalle régulier, certains levant les mains, d’autres simplement les yeux. Et ce fut d’un coup une révélation mon Cousin : ce Grand Ordre du Temple de la Neige doit avoir pour mission secrète mais essentielle de faire baisser le mercure, d’inviter l’hiver au plus vite, de convoquer la bise, de charger le ciel, de commander aux cumulus et autres nimbus… Bref : de faire tomber les flocons ou de produire de la neige de fortune !  Voyez comme les gressots sont parfois malveillants : j’entendais pas plus tard qu’hier à la Taverne du Chamoispendu  des habitués de cervoise nier la nécessité de cette instance, soutenir qu’elle ne servait à rien… Moi- même je l’avoue, j’ai failli tomber dans le piège !

Je ne doute plus aujourd’hui du bien- fondé de la trouvaille et ne peut que louer la capacité du Bourgmestre à convaincre une somme de gens  de bonne famille de participer à une telle entreprise.

Un bémol tout de même : ce dernier rappelle volontiers lors du conseil de citoyenneté du 24 octobre que si cette Grande Messe a vocation à gérer typhons et tempêtes lui seul reste ordonnateur et seul responsable de la bonne gestion de la Manufacture ; point trop n’en faut tout de même…

Je vous laisse donc mon Cousin vous donnant rendez- vous pour la Nativité avec, nous l’espérons tous, peluches, et pourseilles  qui feront la joie des utilisateurs de planches de bois courbées et vais de ce pas rendre visite à Joël de Ponnat éleveur de la famille qui a besoin de soutien : il vient en effet de recevoir un billet scellé du Château l’informant du non renouvellement de son bail de la parcelle des Fleuries qu’il exploitait pourtant sans reproche depuis neuf ans déjà… Aucune explication du Bourgmestre. Une simple disgrâce. Un banal règlement de compte…

Après mon filliot… le cousin Joël : décidément il ne fait pas bon porter ma particule par les temps qui courent !

 

 

 

 

 

 

 

 

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